Pine-trees' way
La jeune fille marche pieds nus sur la route des pins. Cette petite route mal entretenue, goudronnée d'il y à cent ans qui longe une dense forêt de conifères. Elle regarde ces arbre parfois calcinés ou déracinés, et se dit entre sadisme et folie, qu'une orgie dans ce terrain sauvage et insolite, serait furieusement attrayante, du fait des épines et des trous de sable gris.
Un jour elle le ferait: Malgré le manque total d'éclairage, on s'en tiendraient à un feu interdit. Certaine filles en robes saliraient leur jambes halée de terre, et s'écorcheraient de l'indélicate pensée des garçons. Mais l'alcool aurait raison de leur gré, et derrière un buisson, un peu contre le grillage de la base militaire, ils s'écarteraient des nuisibles. Les filles jouiraient ou crieraient aux fourmis.
Et puis la jeune fille marche contre la route, sur la bordure blanche qui brille quand une voiture passe. Cependant, elle voudrait gravir le monticule de rondins qui lui rappelle un film « trashide», chaussée de Christian louboutin empruntées à Madame sa mère pour un désastre plus certain. Alors, revenant les talons cassés pliés, meurtrie, griffée des chevilles au menton, mettons qu'elle serait assez male accueillie.
Mais la jeune fille marche pieds nus et avance, caressée par les herbes sèches. Le ciel est blanc et le bruit saturé de silence. Un peu plus loin, en érection, c'est un petit panneau tricolore et rectangulaire qui arrête son attention. La jeune fille s'en amuse, puisqu'elle se souvient lui avoir trouvé une ressemblance commune au lardon. Le rouge du lardon se peint sur une petite mobylette à l'horizon, vieille et davantage rouillée que vermillon. La jeune fille voudrait bien faire signe au gars
mi-cali, mi-fourchon. Il est vraiment beau, mais sa silhouette évanescente semble tirée peu à peu de brumeuses pensées oniriques.
Soupirant, elle le laisse partir du regard. De toute façon elle n'est pas assez jolie, d'une beauté un peu terne dont les grands yeux d'ébène n'attirent que les atypiques.
Seule à présent, une idée lui viens: Même cadre, une voiture arriverait à sa hauteur, un homme aux cheveux plutôt gras, vêtu de sombre viendrait l'enlever. C'est ainsi :elle l'aimerai tout de même, et docilement se laisserai emporter dans cette petite voiture blanche. Trimballée jusqu'en Suisse dans un ilotisme profond. A la moitié du trajet ils s'arrêteraient à une station essence, de laquelle l'homme reviendrait avec un paquet de biscuit fourré à l'orange que la jeune fille mangerai sans aimer leur goût d'orange, puis il rouleraient de nouveau pour stopper le véhicule derrière un cabanon abandonné. L'homme désignerait alors un matelas imbibé d'urine, mais la jeune fille y renonçant, se ferait violer sur ce qu'on peut appeler une gazinière (très désuète néanmoins). Il lui demanderait ensuite de quelle manière elle veut mourir, et au bout de 12 minutes et 36 seconde, elle répondrait pendue, osant même demander comme faveur, d'enrouler un tissu doux afin que la corde ne scie pas son cou laiteux.
Tout d'un coup la jeune fille, marchant sur le chemin des pins, vit une eloise dans le ciel grisé. Elle huma l'air humide et pierreux qui matérialisait l'annonce d'une averse, puis poussa un rire d'une intense acuité. La possibilité qu'il pleuve de manière abondante et inextinguible serait en fin de compte la quintessence, le must, le gratin, la cerise, le suc, la crème, le paroxysme de la jubilation providentielle. La jeune fille attendis la pluie en chantant un couplet d'une chanson peu connue, tout en passant la pulpe de son indexe sur ses lèvres carmin un peu gercées, penseuse et sibylline. La masse que formaient les pins était recouverte d'une pellicule opaque: identique à celle qui voile les yeux des vieux. Au fond d'une pièce sombre et « kitschement » tapissée, enfuit dans un confortable fauteuil, face à un poste de télévision relativement antique, permettant de suivre « chasse et pêche » ou « des chiffres et des lettres » selon ses désirs...Cette vieille dame capilairement enneigée et male de sa décrépitude, songerait que l'eau de Druffus le poisson rouge qui l'avait soutenu à la mort de son second marie, devrait être changée avant que le coucou de l'entrée n'ait fait sa bruyante apparition.
Cette morose entité acheva la jeune fille. Jeunesse était en quête de jeunesse, et elle aurait même toléré, adoré avoir her little brother. A ses 13 ans, elle le ferais fumer pour la première fois. Pas une cigarette puisque c'était à 10 ans, mais du shit. Après ce bédo fraternel elle le défendrait d'en reprendre, et lui plaquerait un baiser sur le front exactement à la racine des cheveux. Pour ses 14 ans, son petit frère recevrait deux billets de 50 euros. L'un serait caché dans son armoire, à la dernière étagère, sous son pull Ralph Lauren. L'autre glissé vers des mains expertes en échange de shit. Le sachet trouverait alors sa place à coté du billet restant, en vue d'une occasion digne de ce prix. Le soir même, pendant qu'il serai en train de télécharger des films dans l'ordinateur du bureau, la jeune fille invitée à une soirée, viendrait lui emprunter son pull Ralph Lauren, et découvrirait ce qu'il cache. Alors elle substituerait l'herbe par un carré de poule émietté et un peu de terre, ce qui achèverai une illusion complète pour duper le gamin. Ainsi la jeune fille se rendrait chez ses deux amies. Elles rouleraient des bédos, peu être un de trop...constateraient t'elles lorsque la jeune fille laisserait apparaître des symptômes étranges et quelque part effrayants.
Vers 3h16 du matin, le policier Francis téléphonerait au domicile de Madame pour la prévenir de l'état critique de sa fille. Le petit frère serait réveillé par les plaintes angoissantes, et se lèverai pour prendre conscience d'une telle agitation maternelle. Dés lors sa mère, déjà dans la voiture, démarrerait. Il ferait ce soir là une nuit très pale et très belle, la mère devrait parcourir 19 km pour rejoindre sa fille inanimée à l'hôpital. Lors du trajet une multitude de pensées diverses vaqueraient dans son esprit. Toutes trop profondes, et à la fois fragiles et intimes pour les exprimer.
C'était vaguement des idées aussi compliquées que la jeune fille avait dans la tête (une louche d'absurdité en plus).
Elle s'étonna d'avoir parcourut une si longue distance malgré ses douleurs plantaires, et décida de s'arrêter sur la bas coté. Prenant entre ses mains une aiguille de pin, elle tira sur les deux extrémité pour les séparer. Cela lui rappela son « enfance » lorsqu'on faisait un v½ux, et qu'il se réalisait si la tige choisit comportait le petit bout, une fois tiré.
En réalité elle ne se souvenait pas vraiment de ses v½ux et de ce qu'il en était advenu. Dans dix ans peu être, en allant acheter un bâton de rouge à lèvre chez Sephora, elle se retrouverait nez à nez puis bouche à bouche avec Gaspard Ulliel venue taper la bise à sa nièce par alliance du second degré, conseillère au rayon Guerlain. Il l'inviterait à prendre un plateau d'huîtres au Ferret, hors étant résolument trop loin, on achèverait le problème sur la banquette arrière en cuire et daim bien sur.
Mais la jeune fille avait une propension à la palinodie: Ayant plutôt trente-six ans, elle deviendrait taxidermiste (aucun rapport avec les taxis bien entendu). Son métier consisterait à empailler des animaux en leur gardant une apparence intacte et aussi vivante que possible. Quelques années plus tard sa renommée serait faite, et consciente d'une telle notoriété artistique, Elizabeth II lui commanderait trois charmantes pièces de sa collection au prix unitaire de 4500 euros. La jeune fille viendrait en personne un jour ou le prince Charles serait également présent. Leurs regards se croiseraient dans une parodie de la pub de café (avec « Try to remenber » en acoustique). Malgré ses nombreuses décennies d'avance, il en ferait sa légitime épouse, et tout deux auraient plaisir à voire gambader leurs quatre enfants dans cette mirifique maison nimbée d'un jardin verdoyant ponctué de tulipes rouges et closes. Hélas la fatalité ferait que la jeune fille serait piqué à la gorge par une guêpe sortie de la tulipe qu'elle respirait, et son décès serait médiatiquement diffusé.
En effet cette version était relativement différente, mais manquait d'une certaine griffe: celle du hasard, de l'inconnu et de la découverte. La jeune fille laissa donc de coté les plausibles ou moins plausibles hypothèses de sa vie future, et alla s'allonger au milieu de la route, sur le dos en étoile. L'averse était là, cependant pas assez violente pour exercer une forte pression sur sa cage thoracique ainsi qu'elle l'aurait voulu (La jeune fille est transcendante du paradoxe, voyez). Elle se releva puis entama une course effrénée, rapide et exponentielle. Sans se demander pourquoi. Elle avait en tête un but occulte pour qui la voyait courir là: « chercher, trouver, ou plutôt trouver ce qu'elle cherchait »: n'importe quoi qui pût rendre ce spleen fugace et transitoire. Tout-en courant , elle alluma d'une allumette qu'elle n'avait pas, une cigarette qu'elle inventait, et la fuma selon ses idées. Alors toute suspicion, toutes affres de la naïveté, et tout paradis erratique s'oblitérèrent avec les ronds de fumée blanche et « cieleuse ». Tout ersatz s'écarta, s'écrasa avec les mégots invisibles contre le tronc d'un pin of the pine-trees' way.